Quand tout s’est arrêté

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Il m’a visité, il m’a hanté et n’est toujours pas parti. Il est arrivé un beau matin, ce 18 juin, je m’apprêtais à aller travailler, tout était calme, il était tôt. Je venais d’engloutir un bon petit-déjeuner qui me permettrait de tenir jusqu’à ma pause de midi. Je n’avais pas envie d’aller travailler, pas la moindre envie d’y aller, comme tous les lundis.

Et puis… la terre a tremblé. Littéralement, mon corps, ma maison et mes émotions ont vibré, grelotté et frissonné. Pendant une seconde je n’ai pas compris, j’ai d’abord cru à un étourdissement et puis j’ai vu la vérité en face, j’étais en train de vivre un tremblement de terre, d’une sérieuse violence. Ma respiration s’est coupée et sans trop réfléchir, animée par le désir de survie j’ai couru me réfugier dehors, comme si dehors, la terre était calme, comme si dehors je me réveillerais de cet horrible cauchemar.

Il m’a visité, il m’a hanté et n’est toujours pas parti, ce sentiment d’insécurité. J’ai senti que je perdais l’équilibre, j’ai senti que je tombais. Il s’est emparé de moi et m’a empêché pendant plus d’un mois d’écrire, de créer, de m’évader tant je me sentais meurtrie, violée presque. Ma maison, qui jadis était mon refuge, mon cocon qui connaissait tout de moi, mon jardin secret, n’est plus. J’ai senti le monde trembler et comme si nous n’étions rien, nous devions subir les caprices de mère nature, nous devions apprendre à composer avec ses joies et ses colères.

Et puis j’ai accepté. J’ai accepté que ces émotions n’étaient pas que négatives, elles étaient aussi là pour me montrer le chemin, pour me permettre d’être vulnérable pour de bon, moi qui ne suis pas toujours à l’écoute de mes émotions, j’ai appris à m’écouter et à ne pas juger ce que je ressentais. Depuis plus d’un mois, j’ai perdu l’inspiration, j’ai la sensation de ne plus savoir écrire, mais ce n’est pas grave, ça reviendra. Et un jour, un beau matin, je prendrai la plume et libérerai tous ces papillons qui ne demandent qu’à s’envoler et à composer ces partitions encore inachevées.

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7 jours 7 instants

J’inaugure cette nouvelle rubrique avec beaucoup d’amour, mais aussi quelques doutes. J’ai toujours beaucoup d’idées en tête, mon cerveau est une vraie machine qui fonctionne sans cesse et l’inspiration est toujours omniprésente. Je veux explorer ce côté un peu brouillon que je vis souvent lors de mes moments de grande inspiration, mais j’ai quelquefois peur que ça n’ait ni queue ni tête. Je me lance, parce que c’est aussi là « Simplement Charlene », un partage qui me ressemble, un pot-pourri de choses qui m’inspirent.

C’est ainsi qu’est né 7 instants volés sur 7 jours. 7 instants capturés chaque jour de la semaine, comme pour fermer un cycle puis en recommencer un nouveau. 7 moments qui ont eu du sens pour moi, qui ont simplement marqués ma semaine avec lesquels je veux vous raconter une histoire.

 

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Mes premières amours

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Il y a quelques jours je pensais à mes premières amours, aux premiers émois, à mes premières fois. L’illusion avec laquelle j’aimais était bien différente de celle de maintenant, non pas qu’elle se soit affaiblie pour autant, elle a juste pris une nouvelle direction, une nouvelle saveur. Je crois néanmoins que plus on vieillit et plus notre vision de l’amour change, on devient plus lucides, plus indépendants, moins innocents, on sait ce qu’on veut. Je ne me posais pas autant de questions avant, j’allais là où le vent me menait et j’y croyais.

Je croyais fort au prince charmant qui, sur son beau cheval blanc allait me rendre heureuse à vie. Ce que je ne savais pas encore c’est que c’est moi la princesse aux cheveux longs qui allait s’en charger. Je croyais fort en cet amour, incassable et immuable, cet amour qui nous coupe le souffle, cet amour qui peut nous tuer tellement il est puissant. Le conte de fées pour les petites filles, peut-être. Je pensais que tout cela était possible et que je serais heureuse pour toujours sur mon petit nuage douillet, à l’abri de tout et protégée par mon grand prince.

Quand je vivais en Espagne j’ai été de nombreuses années avec un jeune homme respectueux, aimant, gentil qui m’aimait par dessus tout et qui aurait tout fait pour me rendre heureuse. J’ai vécu à ses côtés de longues années dans l’illusion qu’il était l’homme parfait pour moi, qu’il incarnait ce prince charmant qui me faisait tant rêver et que je ne trouverais jamais quelqu’un qui m’aime et me chérisse autant. J’ai été très heureuse avec lui, je me sentais protégée, intouchable, aimée. J’étais devenue une princesse dans son château. Je voyais déjà ma vie défiler, sans trop d’efforts, j’allais rester pour toujours avec lui, je me marierais et aurais des enfants avec mon premier amour.
Ne serait-ce pas le rêve de toutes les petites filles ?

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Mai – Courir après le temps

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Il y a quelques semaines j’ai eu la chance de passer du temps avec ma maman au Japon. Une première fois pour elle dans un pays aussi différent, aussi lointain. Pour qu’elle s’en souvienne je voulais qu’elle découvre chaque recoin de ce magnifique endroit, qu’elle goûte chaque saveur et qu’elle partage avec moi les tranches de mon quotidien. Deux semaines ensemble, deux semaines pour réapprendre à cohabiter, deux semaines pour s’émerveiller ensemble. Deux semaines remplies d’amour et de tendresse, deux semaines de remise en question qui m’ont finalement menées à des prises de décision nécessaires.

Maman dit que je ne prends pas assez de temps pour moi, que je suis toujours en activité,  que je ne sais pas arrêter la machine et juste profiter. Comme a dit un jour l’artiste américain Saul Leiter « J’ai un profond respect pour les gens qui ne font rien« . Je suis plutôt d’accord avec lui, ces gens-là ne se sentent pas coupable de prendre du temps, ils savent se laisser aller, il savent se mettre en pause. Ce besoin de toujours faire quelque chose est étroitement lié à mes angoisses, comme si le fait de remplir chaque minute, chaque seconde me faisait prendre le contrôle de mon temps. Je ne sais pas lâcher prise, je ne sais pas avoir confiance, je sais juste contrôler et m’ériger comme maître du temps qui passe.

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Le printemps à Tokyo – Jour 5

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Quelquefois les plans qu’on a en tête se bousculent, quelquefois il est nécessaire d’écouter ses désirs et n’en faire qu’à sa tête. Ce matin j’avais décidé d’aller prendre mon troisième cours de yoga, mais au réveil j’en ai décidé autrement. Je ne ressens pas forcément l’envie de pratiquer aujourd’hui, j’ai envie de prendre le temps et d’aller à Yokohama où j’ai déjà réservé une nuit pour ce soir. À environ 40 minutes de train, c’est un petit voyage que je fais là pour me porter vers une ville que j’avais envie de découvrir du fait de son port, mais plus particulièrement car elle abrite le quartier chinois le plus grand du Japon. De plus, en ce moment le musée de Yokohama présente une exposition du Tate London qui me faisait de l’oeil, c’est donc avec hâte et joie que je pars vers cette nouvelle conquête nipponne.

Je suis fascinée par l’art et dès que mon emploi du temps me le permet je m’autorise du temps pour moi au musée, souvent en matinée et en semaine. J’aime cette sensation de m’approprier le musée rien que pour moi, comme si les oeuvres étaient là, inertes me murmurant quelque chose à l’oreille. Pour moi admirer une oeuvre d’art est proche de la méditation, c’est ici et maintenant.

Le musée se trouve à 30 minutes à pied de mon hôtel, le soleil est au rendez-vous c’est donc sans hésitation que je décide d’y aller en me promenant. J’aime découvrir des coins cachés dans les villes que je visite, j’aime me perdre et atterrir dans des endroits insolites. Je marche le long de la rivière et je sens le soleil caressait délicatement ma peau. Le long des rives, les derniers cerisiers en fleurs, certains complètement dénudés, d’autres qui persistent encore, malgré la chaleur qui commence à se faire ressentir. J’admire le spectacle des dernières pétales rosés qui, accompagnant le vent se détachent et tombent sur l’eau, ils seront transportées vers de nouveaux horizons. Je me demande jusqu’où ils iront.
J’aime cette vision anarchiste des choses, même la nature n’en fait qu’à sa tête. J’aimerais moi aussi avoir la possibilité de me poser comme ça délicatement sur l’eau et de me faire porter selon les envies, les humeurs de l’eau.

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Le printemps à Tokyo – Jour 4 à Kamakura

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Il est temps de continuer mon périple, je reprends l’Enoden pour rejoindre Kamakura cette fois-ci. C’est un endroit qui me fascine depuis longtemps et qui pour moi symbolise le Japon qui m’a toujours fait rêver. Mais d’abord je veux faire un petit détour pour aller découvrir la maison-temple de l’auteur Ryunosuke Koike que j’ai beaucoup lu en ce début d’année.
Il a fondé il y a quelques années une espèce de café-temple perché dans les montagnes près de Kamakura, j’ai tellement idéalisé cet endroit que je meurs d’envie de le voir de mes propres yeux. Il organise aussi régulièrement des méditations guidées ainsi que des colloques. J’admire cet auteur pour son authenticité et sa façon de vivre si simple, en effet il nous encourage à les adopter les bonnes stratégies face au désir afin de retrouver le pouvoir de choisir et de vivre sobrement.
Je monte la longue rue ombragée qui conduit à cet endroit spirituel et j’en profite pour admirer le paysage, il fait bon aujourd’hui, j’aimerais faire un pic pic tout en profitant de la nature. Malheureusement il n’y a personne dans la maison, c’est ouvert mais c’est vide. Je fais le tour du propriétaire, j’admire le beau jardin zen et rebrousse chemin. Tant pis, pensé-je, c’est déjà une chance d’avoir pu me retrouver sur les pas de ce bel auteur.

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Le printemps à Tokyo – Jour 4 à Enoshima

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Samedi 31 mars

Aujourd’hui je me lève tôt, malgré la quantité d’alcool ingérée la veille et le sentiment d’inconfort que j’ai senti une bonne partie de la soirée, je ne traine pas et décide d’aller explorer Kamakura et son magnifique Buddha ainsi que l’île d’Enoshima, deux endroits un peu éloignés de Tokyo qui me font envie depuis longtemps.

Je me lève et trouve un post it sur le côté de mon lit que ma voisine de lit a pris soin de me laisser avant de partir vers de nouvelles contrées niponnes. Eva, une espagnole d’environ 50 ans qui voyage en Asie depuis quelques mois. On s’est souries, on s’est parlées, puis tout a commencé. Entre nous ce fut un coup de foudre, c’est comme si pendant un court instant le temps s’arrêtait et deux êtres qui à priori ne se rencontreraient pas, partage la même énergie, la même fréquence. Avec elle j’ai ressenti comme une étincelle. « Quand je serai grande » je serai un peu comme Eva, libre, aventurière avec cette âme artistique. Elle dit que je l’impressionne à parler toutes ces langues et que ma vie est belle car j’ai toujours su écouter mon coeur et désirs, je lui dis à mon tour que ce qui m’impressionne à moi c’est qu’elle ait le courage de mener cette vie à son âge, lorsque les critiques et les donneurs de leçons vont bon train. Lire la suite