Koyo mon amour

10 octobre 2015

Ce matin, j’ai eu un peu de temps pour étudier et tout en étudiant deux trois kanji, j’ai ravivé mes papilles en mangeant une brioche au chocolat : ma madeleine de Proust. Quand on est aussi loin on se doit de se faire plaisir quelquefois avec ce genre de caprice, pour se sentir près des siens, mais aussi pour se souvenir que finalement nos habitudes ne se perdent pas complètement.

Hier soir j’ai retrouvé deux amis de Toulouse qui sont de passage à Osaka. Je suis au Japon depuis quelques mois, mais c’est toujours une bouffée d’oxygène quand mes amis me ramènent un petit bout du sud de la France. Bon eux, ils m’ont ramené mon manteau. Le froid commence à se faire ressentir dans le Kansai et je vis mon tout premier automne japonais. Les feuilles se teignent peu à peu de rouge et s’entremêlent au béton des villes, aux grands édifices. J’apprends un nouveau mot : koyo, le terme qui désigne le rougissement des feuilles d’érables sur l’archipel nipponne.

J’aime cette grande ville qu’est Osaka, elle m’offre cette liberté qui m’est indispensable, je me déplace à ma guise avec ses transports et je voyage sereine grâce à la sécurité qu’elle offre. Cette après-midi je suis allée à mon premier échange linguistique espagnol-japonais avec mon acolyte, Sandra. J’ai rencontré beaucoup de japonais me posant toujours les mêmes questions : « as-tu déjà fait le chemin de Compostelle ? » J’étais un peu surprise de l’engouement que provoquait ce pèlerinage. Moi qui pensais que j’allais pratiquer mon japonais, je me suis retrouvée au milieu d’une horde de nippons qui n’avait qu’un seul mot à la bouche « Composutela » et qui aurait écouté pendant des heures le récit de mon chemin de Compostelle non fait.

Quand tout s’est arrêté

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Il m’a visité, il m’a hanté et n’est toujours pas parti. Il est arrivé un beau matin, ce 18 juin, je m’apprêtais à aller travailler, tout était calme, il était tôt. Je venais d’engloutir un bon petit-déjeuner qui me permettrait de tenir jusqu’à ma pause de midi. Je n’avais pas envie d’aller travailler, pas la moindre envie d’y aller, comme tous les lundis.

Et puis… la terre a tremblé. Littéralement, mon corps, ma maison et mes émotions ont vibré, grelotté et frissonné. Pendant une seconde je n’ai pas compris, j’ai d’abord cru à un étourdissement et puis j’ai vu la vérité en face, j’étais en train de vivre un tremblement de terre, d’une sérieuse violence. Ma respiration s’est coupée et sans trop réfléchir, animée par le désir de survie j’ai couru me réfugier dehors, comme si dehors, la terre était calme, comme si dehors je me réveillerais de cet horrible cauchemar.

Il m’a visité, il m’a hanté et n’est toujours pas parti, ce sentiment d’insécurité. J’ai senti que je perdais l’équilibre, j’ai senti que je tombais. Il s’est emparé de moi et m’a empêché pendant plus d’un mois d’écrire, de créer, de m’évader tant je me sentais meurtrie, violée presque. Ma maison, qui jadis était mon refuge, mon cocon qui connaissait tout de moi, mon jardin secret, n’est plus. J’ai senti le monde trembler et comme si nous n’étions rien, nous devions subir les caprices de mère nature, nous devions apprendre à composer avec ses joies et ses colères.

Et puis j’ai accepté. J’ai accepté que ces émotions n’étaient pas que négatives, elles étaient aussi là pour me montrer le chemin, pour me permettre d’être vulnérable pour de bon, moi qui ne suis pas toujours à l’écoute de mes émotions, j’ai appris à m’écouter et à ne pas juger ce que je ressentais. Depuis plus d’un mois, j’ai perdu l’inspiration, j’ai la sensation de ne plus savoir écrire, mais ce n’est pas grave, ça reviendra. Et un jour, un beau matin, je prendrai la plume et libérerai tous ces papillons qui ne demandent qu’à s’envoler et à composer ces partitions encore inachevées.

7 jours 7 instants

J’inaugure cette nouvelle rubrique avec beaucoup d’amour, mais aussi quelques doutes. J’ai toujours beaucoup d’idées en tête, mon cerveau est une vraie machine qui fonctionne sans cesse et l’inspiration est toujours omniprésente. Je veux explorer ce côté un peu brouillon que je vis souvent lors de mes moments de grande inspiration, mais j’ai quelquefois peur que ça n’ait ni queue ni tête. Je me lance, parce que c’est aussi là « Simplement Charlene », un partage qui me ressemble, un pot-pourri de choses qui m’inspirent.

C’est ainsi qu’est né 7 instants volés sur 7 jours. 7 instants capturés chaque jour de la semaine, comme pour fermer un cycle puis en recommencer un nouveau. 7 moments qui ont eu du sens pour moi, qui ont simplement marqués ma semaine avec lesquels je veux vous raconter une histoire.

 

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Mes premières amours

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Il y a quelques jours je pensais à mes premières amours, aux premiers émois, à mes premières fois. L’illusion avec laquelle j’aimais était bien différente de celle de maintenant, non pas qu’elle se soit affaiblie pour autant, elle a juste pris une nouvelle direction, une nouvelle saveur. Je crois néanmoins que plus on vieillit et plus notre vision de l’amour change, on devient plus lucides, plus indépendants, moins innocents, on sait ce qu’on veut. Je ne me posais pas autant de questions avant, j’allais là où le vent me menait et j’y croyais.

Je croyais fort au prince charmant qui, sur son beau cheval blanc allait me rendre heureuse à vie. Ce que je ne savais pas encore c’est que c’est moi la princesse aux cheveux longs qui allait s’en charger. Je croyais fort en cet amour, incassable et immuable, cet amour qui nous coupe le souffle, cet amour qui peut nous tuer tellement il est puissant. Le conte de fées pour les petites filles, peut-être. Je pensais que tout cela était possible et que je serais heureuse pour toujours sur mon petit nuage douillet, à l’abri de tout et protégée par mon grand prince.

Quand je vivais en Espagne j’ai été de nombreuses années avec un jeune homme respectueux, aimant, gentil qui m’aimait par dessus tout et qui aurait tout fait pour me rendre heureuse. J’ai vécu à ses côtés de longues années dans l’illusion qu’il était l’homme parfait pour moi, qu’il incarnait ce prince charmant qui me faisait tant rêver et que je ne trouverais jamais quelqu’un qui m’aime et me chérisse autant. J’ai été très heureuse avec lui, je me sentais protégée, intouchable, aimée. J’étais devenue une princesse dans son château. Je voyais déjà ma vie défiler, sans trop d’efforts, j’allais rester pour toujours avec lui, je me marierais et aurais des enfants avec mon premier amour.
Ne serait-ce pas le rêve de toutes les petites filles ?

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Mai – Courir après le temps

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Il y a quelques semaines j’ai eu la chance de passer du temps avec ma maman au Japon. Une première fois pour elle dans un pays aussi différent, aussi lointain. Pour qu’elle s’en souvienne je voulais qu’elle découvre chaque recoin de ce magnifique endroit, qu’elle goûte chaque saveur et qu’elle partage avec moi les tranches de mon quotidien. Deux semaines ensemble, deux semaines pour réapprendre à cohabiter, deux semaines pour s’émerveiller ensemble. Deux semaines remplies d’amour et de tendresse, deux semaines de remise en question qui m’ont finalement menées à des prises de décision nécessaires.

Maman dit que je ne prends pas assez de temps pour moi, que je suis toujours en activité,  que je ne sais pas arrêter la machine et juste profiter. Comme a dit un jour l’artiste américain Saul Leiter « J’ai un profond respect pour les gens qui ne font rien« . Je suis plutôt d’accord avec lui, ces gens-là ne se sentent pas coupable de prendre du temps, ils savent se laisser aller, il savent se mettre en pause. Ce besoin de toujours faire quelque chose est étroitement lié à mes angoisses, comme si le fait de remplir chaque minute, chaque seconde me faisait prendre le contrôle de mon temps. Je ne sais pas lâcher prise, je ne sais pas avoir confiance, je sais juste contrôler et m’ériger comme maître du temps qui passe.

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